L’euro et la livre se sont brièvement appréciés pendant la séance asiatique hier, mais la demande de dollar est rapidement revenue et les deux devises ont reculé presque en synchronisation. Lorsque l’EUR et la GBP évoluent de manière aussi similaire, la cause tient généralement au sentiment de marché plutôt qu’à des nouvelles propres à chaque pays. Le dollar a bénéficié de flux de soutien tandis que les actifs risqués restaient sous pression. En conséquence, l’EUR/USD a touché des plus bas mensuels et le GBP/USD est quasiment revenu sur la borne inférieure de son canal horizontal.
Aucune statistique européenne ou britannique n’est sortie hier, si bien que les mouvements de l’euro et de la livre ont été dictés par le dollar. Les marchés actions américains étaient ouverts, mais le marché obligataire américain était fermé pour Columbus Day, laissant les échanges sur les paires en dollar dans des conditions de liquidité réduite. Dans un tel contexte, tout commentaire de premier plan a plus d’impact sur les cours qu’en temps normal. Ce commentaire est venu de la présidente de la Federal Reserve de Cleveland, Beth Hammack, qui a déclaré que ramener l’inflation à 2 % dans un délai raisonnable exige une politique restrictive, tout en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une prévision de taux. Hammack avait voté contre la décision du comité en juillet, de sorte que son ton « faucon » n’a pas surpris — mais sur un marché peu liquide, son intervention a fait mouche.
Elle a évoqué des chiffres préoccupants : le core PCE (l’indicateur d’inflation privilégié par la Fed) s’établissait à 3,4 % en août, contre 2,7 % un an plus tôt, et l’inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) est montée à 3,0 % après 2,9 %. Pour l’euro et la livre, cela implique que la banque centrale américaine n’a guère de raison de se précipiter pour assouplir. Le marché intègre déjà une pause lors de la réunion du 28 octobre et une éventuelle hausse en décembre, de sorte que les propos de Hammack ont trouvé un terrain favorable. Le Moyen-Orient reste un facteur de risque de fond : l’Iran poursuit ses frappes près du détroit d’Hormuz et les Houthis attaquent des aéroports saoudiens en réponse à l’offensive du gouvernement yéménite, menaçant les routes de la mer Rouge utilisées pour contourner Hormuz. Tant que cette menace perdure, le dollar conserve son statut d’actif refuge.
Aujourd’hui, l’euro va passer un test d’inflation. Dans la première partie de séance, l’Allemagne publiera l’estimation définitive de l’IPC de septembre. Le point de référence est août, quand l’inflation annuelle était de 2,9 % (après 2,8 % en juillet et 2,3 % en juin) et que les prix avaient augmenté de 0,2 % sur un mois, avec une forte contribution de l’énergie (énergie en hausse d’environ 10,5 % sur un an). Pour l’EUR/USD, tout dépendra de la vigueur de la publication. Le taux de dépôt de la Banque centrale européenne est actuellement à 2,50 %, et le marché anticipe une dernière hausse à 2,75 % en décembre. Une accélération marquée de l’inflation conforterait ce scénario et raviverait l’intérêt pour l’euro ; une statistique conforme ou inférieure aux attentes laisserait l’avantage au dollar, surtout après les remarques de Hammack. Les hausses de prix ne soutiennent l’euro que lorsqu’elles se traduisent par des anticipations de taux plus élevés.
Pour la livre, l’événement principal de la matinée est le discours de Swati Dhingra, membre du Monetary Policy Committee de la Bank of England. Les données britanniques du jour sont limitées, aussi le marché cherchera-t-il dans ses propos des indices sur la manière dont la BoE perçoit l’inflation et sur les implications pour les taux. La position de Dhingra est moins bien cernée que celle de certains de ses collègues, ce qui ajoute un degré d’incertitude. Avec un GBP/USD qui oscille près de la borne basse du canal après la baisse d’hier, tout signal clair aura aujourd’hui un impact plus marqué qu’à l’ordinaire. Si Dhingra insiste sur le maintien de risques d’inflation élevés, la livre pourrait récupérer une partie de ses pertes ; si son ton est plus prudent, la pression acheteuse sur le dollar persistera.
Pour l’euro, l’intervalle entre les points de cassure est de 42 pips, de 1,1155 à 1,1197, et le cours, à 1,1175, évolue à l’intérieur de cette fourchette, légèrement plus proche de la borne inférieure. Une cassure au-dessus de 1,1197 ouvrirait la voie vers 1,1238 puis 1,1275. J’aborde ce scénario avec prudence, car il suppose deux conditions simultanées : une inflation allemande solide et un ton accommodant de Waller et Collins. Si l’un de ces catalyseurs manque, le mouvement haussier risque de s’essouffler rapidement. Une rupture sous 1,1155 mènerait à 1,1126 puis 1,1097, et j’estime que ce biais baissier est primaire — mais uniquement si la clôture s’effectue sous ce niveau, et non en simple contact intraday.
Pour la livre, le tableau est différent. La fourchette n’est que de 19 pips, de 1,3221 à 1,3240, et le cours, à 1,3220, se situe un pip en dessous de la borne inférieure. Un trader débutant doit comprendre qu’un pip relève du bruit de marché, et qu’un simple contact ne permet pas de trancher entre véritable rupture et rebond technique sur un niveau. Je ne me précipiterais donc pas et j’attendrais les remarques de Dhingra. Une cassure au-dessus de 1,3240 ouvrirait la route vers 1,3259 puis 1,3282, tandis qu’un passage sous 1,3221 viserait 1,3202 puis 1,3183. La faiblesse de la fourchette implique que les mouvements entre ces points peuvent se produire très rapidement, et qu’une entrée erronée sera d’autant plus coûteuse.
Pour l’euro, il y a deux points de référence pour un retour à la moyenne : 1,1189 et 1,1154. Le point supérieur se situe 8 pips en dessous du niveau de cassure à 1,1197 et 34 pips au-dessus du point inférieur à 1,1155. Je le considère comme une idée de court terme à l’intérieur du range. Si le prix atteint 1,1189, ne parvient pas à s’y maintenir et repart à la baisse, la vente est justifiée, et un stop de protection au-dessus de 1,1197 est raisonnable. Le point de référence inférieur à 1,1154 est seulement un pip en dessous du niveau de cassure à 1,1155, il faut donc faire preuve d’une prudence particulière à cet endroit. Un simple contact ne permettra pas de distinguer une vraie cassure d’une fausse, je laisserais donc passer la première réaction dans cette zone. Si le prix passe sous 1,1155, s’y attarde et clôture nettement en dessous, il s’agit d’une cassure, et il ne faut pas acheter là. S’il revient rapidement au-dessus, le trade de retour à la moyenne fonctionne.
Pour la livre, le repère supérieur à 1,3229 se situe 8 pips au-dessus du point de cassure à 1,3221 et 11 pips en dessous de 1,3240. Je chercherai des positions vendeuses à cet endroit si la paire monte jusqu’à ce niveau, ne parvient pas à le conserver et retombe sous 1,3221, par exemple à la suite des remarques prudentes de Dhingra. Dans ce cas, un stop au-dessus de 1,3240 est pratique, puisqu’un mouvement au-delà de ce niveau change le tableau. Le repère inférieur à 1,3205 est à 16 pips en dessous de 1,3221 et à seulement 3 pips au-dessus du premier objectif à 1,3202, de sorte que les scénarios se confondent presque. Une cassure à la baisse suivie d’un retour au-dessus de 1,3205 offre une idée d’achat, mais le potentiel est limité par l’objectif proche d’un scénario de cassure. Je la considère donc plutôt comme une option pour une réaction prudente à très court terme que comme le plan principal de la journée. Ici, il est préférable de placer un stop sous 1,3202.
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