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La paire USD/CAD a testé aujourd’hui le seuil des 1,39 pour la première fois depuis avril 2024. Même si les acheteurs n’ont pas réussi à s’installer durablement dans cette zone de prix, la paire affiche néanmoins une tendance haussière clairement définie.
En observant le graphique hebdomadaire de l’USD/CAD, on constate que la paire a nettement reculé tout au long du mois d’avril, sur fond d’affaiblissement général du dollar américain. Cependant, début mai, les acheteurs ont repris la main. En seulement cinq semaines, le cours a gagné près de 400 pips, passant de 1,3549 (creux d’avril) à 1,3924 (sommet actuel de juin).
Il convient de noter que la dynamique haussière de l’USD/CAD a été influencée non seulement par des facteurs géopolitiques, mais aussi par les développements liés au « dossier iranien » (que nous aborderons ci‑dessous), même si la paire demeure très sensible à ce type d’événements. Toutefois, la faiblesse du dollar canadien s’explique également par d’autres facteurs fondamentaux interconnectés.
Premièrement, au mois de mai, les perspectives de l’économie canadienne se sont détériorées. À la fin du mois dernier, il a été rapporté que l’économie du Canada s’était contractée de 0,1 % au premier trimestre, après un recul de 1,0 % au trimestre précédent. Cela signifie que le pays est officiellement entré en récession technique, ce qui alimente des anticipations plus accommodantes quant aux prochaines décisions de la Bank of Canada. De plus, à la fin du mois de mai, les statistiques sur les bénéfices des entreprises ont été publiées. Au premier trimestre, cet indicateur a diminué de 2,0 % en glissement trimestriel, reflétant une dégradation des résultats financiers des sociétés sur fond de ralentissement de l’activité économique. Les pressions sur cet indicateur proviennent de la baisse de la demande des consommateurs, de taux d’intérêt élevés et de la hausse des coûts pour les entreprises. La faiblesse de la dynamique des bénéfices constitue un autre signe du ralentissement de l’économie canadienne.
Deuxièmement, les anticipations de relèvement des taux de la Bank of Canada se sont atténuées, non seulement en raison de la faiblesse du PIB, mais aussi des données sur l’inflation. Le principal indicateur d’inflation sous-jacente a chuté de façon inattendue à un plus bas de cinq ans, à 2,1 % en glissement annuel. Cela indique que la hausse des prix de l’énergie ne s’est pas « transmise » aux biens et services de base. En outre, le secteur des services a même ralentit sa progression (à 1,7 %), et l’inflation alimentaire a reculé à 3,5 %. Pour la Bank of Canada, cette dynamique de l’inflation sous-jacente (Core CPI) constitue un signal convaincant en faveur du maintien du statu quo, voire de la reprise des baisses de taux. Cela signifie que le différentiel de rendement se réoriente à nouveau en faveur du dollar américain.
Troisièmement, un autre facteur de soutien pour l’USD/CAD réside dans l’incertitude persistante entourant les relations commerciales avec les États-Unis. Les risques liés à de nouveaux droits de douane et à la révision prochaine des accords commerciaux pèsent sur le climat d’investissement au Canada et, par conséquent, sur le dollar canadien.
Cela concerne en premier lieu l’accord USMCA (United States‑Mexico‑Canada Agreement). Selon ses dispositions, les parties doivent procéder tous les six ans à un examen formel du fonctionnement de l’accord, la première de ces « procédures » étant prévue pour le 1er juillet de cette année. Le Canada a officiellement notifié aux États‑Unis et au Mexique qu’il souhaite prolonger l’accord de 16 ans supplémentaires, sans conditions préalables. Toutefois, Washington, représenté par Donald Trump, exige la révision de plusieurs points clés de l’USMCA qui concernent le Canada. En particulier, la Maison-Blanche insiste pour modifier les règles relatives aux importations de voitures en franchise de droits : les États‑Unis veulent exiger qu’au moins 50 % des composants automobiles soient produits sur le sol américain. Il s’agit d’un signal inquiétant pour l’industrie automobile canadienne, qui est fortement intégrée à celle des États‑Unis. Par ailleurs, Washington réclame une nouvelle fois qu’Ottawa supprime le système de quotas et ouvre le marché intérieur canadien aux agriculteurs américains.
Si les parties ne parviennent pas à un accord et ne confirment pas la prolongation de l’accord d’ici au 1er juillet, il n’y aura pas d’effondrement formel de l’USMCA (qui reste juridiquement en vigueur jusqu’en 2036), mais l’incertitude politique et commerciale s’accroîtra, exerçant une pression de fond sur la devise canadienne.
Un autre soutien (et non des moindres) pour l’USD/CAD provient de l’actualité géopolitique. Le dollar américain est de plus en plus recherché en tant qu’actif refuge. Même la hausse des prix du pétrole n’a pas apporté le soutien habituel au loonie. Il existe cependant un revers de la médaille : tout signal de désescalade (y compris les rumeurs non confirmées) devient automatiquement un facteur de soutien pour les vendeurs de l’USD/CAD. Par exemple, jeudi, le loonie a réagi aux informations internes d’Al Arabiya concernant des négociations, arrivées à leur phase finale, en vue de débloquer une partie des avoirs iraniens gelés. Il a été indiqué que Trump s’était catégoriquement opposé à toute libération de ces fonds « tant que l’accord global ne serait pas définitivement et officiellement signé ».
Sur ce fond de signaux fondamentaux contradictoires, la paire USD/CAD n’est pas parvenue à se consolider au‑dessus du niveau de résistance de 1,3920 (ligne supérieure des Bandes de Bollinger sur l’unité de temps H4). Dans le même temps, les vendeurs n’ont pas réussi à percer le niveau de support intermédiaire de 1,3880 (ligne Tenkan‑sen sur la même unité de temps). La priorité reste aux positions longues ; toutefois, il est conseillé d’ouvrir des positions acheteuses seulement après une cassure nette par les acheteurs de la barrière des 1,3920. L’objectif suivant pour le mouvement haussier se situe à 1,3970 (ligne supérieure des Bandes de Bollinger sur l’unité de temps W1).
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